Arnaud Danjean : "Vite ! une europe de la sécurité"

agrandir Arnaud Danjean : "Vite ! une europe de la sécurité"
© Crédit CITIZENSIDE / Emerson Utracik / AFP
Arnaud Danjean : "Vite ! une europe de la sécurité"
© Crédit CITIZENSIDE / Emerson Utracik / AFP

Comment, face au terrorisme, bâtir vraiment une Europe de la sécurité ? L’Union européenne peut-elle mieux faire ? Arnaud Danjean, député européen (LR), spécialiste des questions de sécurité, répond aux questions de Pèlerin.

À propos de l'article

  • Publié par :Olivier Mirguet
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    9 juin 2017

Pèlerin. L’attentat du 3 juin à Londres pose une nouvelle fois la question de la lutte antiterroriste en Europe. Les États membres coordonnent-ils suffisamment leurs efforts ?

Arnaud Danjean : L’antiterrorisme n’est pas une prérogative de l’Union européenne (UE). Des outils de coordination sont en place et depuis quelques mois, l’Union a aidé à harmoniser les législations nationales. Il existe des fichiers communautaires des personnes recherchées. Mais dans l’opérationnel, l’UE n’a pas à se substituer aux polices nationales.

Les personnes surveillées semblent franchir sans contraintes les frontières intérieures de l’Union européenne. Est-il facile de se soustraire aux services de renseignement ?

Il n’existe pas de renseignement européen. Cela n’empêche aucunement les coopérations au quotidien entre les services nationaux. Il faut arrêter de croire que rien ne se fait, simplement parce qu’il manquerait une centrale de coordination établie à Bruxelles. La France, l’Allemagne, l’Italie s’échangent constamment des données et des fichiers.

Plusieurs personnalités politiques exhortent les États à créer une agence de renseignement européen, sur le modèle américain de la CIA.  Est-ce une bonne idée ?

Je suis hostile à ce projet. La plupart des attaques terroristes que nous avons connues ne s’expliquent pas par un manque de coopération. Une agence ne garantirait en rien une efficacité accrue. Les attentats commis en Europe sont souvent le fait de personnes connues des services de sécurité. Le problème tient au très grand nombre de personnes à surveiller. Une agence à Bruxelles ne résoudrait pas cette difficulté.  Le terrorisme se combat aussi par des projections militaires sur le terrain, comme au Sahel.

Quel est le rôle de l’Europe dans ces actions ?

L’UE devrait jouer un rôle plus important sur les opérations extérieures.  Elle fournit un effort modeste mais intéressant dans la formation des forces armées locales, au Mali ou en Centrafrique. Il faut s’accorder sur un engagement militaire plus important. Il pourrait se traduire par l’envoi de soldats, mais aussi par des contributions financières qui permettraient de mieux partager la charge. Dans des opérations comme au Mali, l’essentiel reste payé par le pays qui engage ses troupes, en l’occurrence la France.

L’Europe de la défense ressemble à un rêve, condamné à l’échec. Pourquoi ?

Cela n’a jamais marché pour deux raisons essentielles, liées à la diversité des politiques de défense. Chaque pays possède son propre système institutionnel. En France, il y a un exécutif fort qui décide de l’envoi de troupes alors qu’en Allemagne, il y a un système ultraparlementaire.  Cela ne permet pas d’avoir les mêmes règles d’engagement.  Ensuite, les pays européens ne perçoivent pas les mêmes priorités en termes militaires et de défense. Pour certains, il est important d’avoir une posture défensive face à l’Est et vis-à-vis de la Russie. D’autres, comme la France, affichent une posture plus agressive par rapport au Sud et regardent vers l’Afrique. Difficile d’établir une position unanime sur ces questions stratégiques.

La fiabilité des États-Unis, notre partenaire traditionnel, est-elle devenue incertaine depuis l’élection de Donald Trump ? Le fonctionnement de l’Otan est-il en péril ?

L’Alliance atlantique était perçue comme une assurance absolue.Avec Donald Trump, elle ne l’est plus.Les Européens ont pris conscience de leur vulnérabilité. Ils essaient de dépasser leurs différences stratégiques.

Concrètement, comment favoriser la création d’une Europe de la défense ?

La Commission européenne vient de tenter un pari : créer une ligne budgétaire pour susciter de nouvelles collaborations dans le domaine des équipements militaires, puisque les opérations communes restent compliquées.  Contrairement aux États-Unis qui développent un seul système d’équipement à grande échelle, en Europe, chaque pays veut développer le sien. Cette concurrence entre les industries européennes coûte très cher. D’ici 2020, nous aurons donc 90 millions d’euros dévolus à des projets d’équipement militaire.  Ensuite, on passera à 500 millions d’euros par an, assortis de la création d’un fonds défense doté de plusieurs milliards d’euros. Ce fonds permettra aux États d’acquérir des équipements en réduisant leurs coûts.

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

Europe de la paix

Toto le hirsute 14/06/2017 à 08:00

Bonjour, On justifie le système Européen et son terrorisme institutionnel parce que depuis que les états y sont soumis, il n'y a plus de guerre. Or, c'est bien depuis l'Europe que dans nos rues, circulent des militaires armés jusqu'aux dents, dans ... lire la suite

Paru le 10 août 2017

Notre Librairie

Voyages et croisières