Anne Morgan, l’Américaine de Picardie

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© RMN - Grand Palais (Chateau de Blérancourt - René Gabriel OJEDA)
Anne Morgan, l’Américaine de Picardie
© RMN - Grand Palais (Chateau de Blérancourt - René Gabriel OJEDA)

Découvrez l'histoire d'une femme, Anne Morgan, qui a entrainé avec elle 350 Américaines pour sauver des centaines de Français...

À propos de l'article

  • Publié par :Sophie Laurant
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7021 du 22 juin 2017

Dans sa villa savoyarde où elle passe l’été 1914, Anne Morgan (1873-1952) lit, catastrophée, les nouvelles : la France, son bien-aimé pays d’adoption, bascule dans la guerre !

La riche héritière américaine de la banque Morgan veut se rendre utile. Esprit original et indépendant, cette célibataire a décidé très jeune qu’elle ne serait pas une « riche idiote ».

Aux États-Unis, elle a fondé des œuvres, en particulier des cercles culturels d’ouvrières, gérés par les femmes elles-mêmes. Dès 1915, Anne Morgan s’engage dans l’aide humanitaire aux combattants en cofondant le Fonds américain pour les blessés français (AFFW).

 À l’automne, à New York, elle rencontre la docteure Anna Murray Dike et les deux femmes décident, à partir de 1917, d’assister aussi la population civile. « L’état-major français leur accorde d’établir leur quartier général juste à l’arrière-front, au coeur d’une zone à 80 % détruite, sur le terrain du château de Blérancourt (Aisne) », précise Carole Gragez, conservatrice du château transformé en musée franco-américain, qui ouvrira le 25 juin prochain*.

Anne Morgan se sert de son carnet d’adresses mondain afin de lever des fonds en Amérique. Elle utilise le cinéma et les médias pour mener campagne dans l’opinion, en faveur des Français qui ont tout perdu dans les bombardements, souffrent de faim, de tuberculose… Elle se fait offrir 63 camions Ford et convainc des jeunes Américaines de bonne famille – rares femmes à avoir leur permis de conduire – de consacrer six mois de leur temps à cette cause. En uniforme de l’armée française, organisées autour de dispensaires, environ 350 d’entre elles sillonneront à tour de rôle la zone dévastée pour apporter soins, nourriture, vêtements… à ces familles qui survivent dans des cabanes.

En 1918, Anne Morgan transforme la branche civile de l’AFFW en association indépendante, le Comité américain pour les régions dévastées (Card), dont elle devient la trésorière et la meneuse de projets tandis qu’Anna Murray Dike en sera la présidente et organisera les soins. Avec l’armistice, leur action se déploie encore. Les infirmières sont aussi françaises et salariées, « formées à l’école de Bordeaux, qui s’inspire des principes novateurs de l’infirmière britannique Florence Nightingale (1820-1910) », explique Carole Gragez.

Il s’agit en outre de participer à la reconstruction du tissu social. Des foyers sont créés dans les villages : on y procure un peu de bien-être et de loisirs aux familles. Innovation parmi d’autres : un bibliobus parcourt la zone dévastée. On aide les jeunes à fabriquer des meubles de récupération pour remplacer ceux qui ont été détruits, on dispense des leçons d’hygiène et de puériculture aux mamans, on forme de jeunes paysannes aux métiers de bibliothécaire ou d’infirmière… Leur action durera jusqu’en 1924 et influencera des oeuvres sociales qui ont perduré.

« En 1940, à nouveau, Anne Morgan a participé au service de l’évacuation des civils. Les gens de l’Aisne ne l’ont pas oubliée », conclut la conservatrice.

* Avec un « parcours Anne Morgan ».

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Paru le 23 novembre 2017

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