Alors que Trump reconnaît Jérusalem comme capitale d'Israël, le pape François appelle au respect du "statu quo"

agrandir Donald Trump a annoncé, le 6 décembre, que les Etats-Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël.
Donald Trump a annoncé, le 6 décembre, que les Etats-Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël. © Dejan Gileski - stock.adobe.com
Donald Trump a annoncé, le 6 décembre, que les Etats-Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël.
Donald Trump a annoncé, le 6 décembre, que les Etats-Unis reconnaissaient Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël. © Dejan Gileski - stock.adobe.com

La décision prise par Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'État hébreu, critiquée par la communauté internationale, éloigne un peu plus la perspective d'un accord de paix sur un futur État palestinien.

À propos de l'article

  • Créé le 07/12/2017
  • Publié par :Frédéric Niel
  • Édité par :Cécile Picco
  • Publié dans Pèlerin
    7 décembre 2017

Des milliers de personnes ont protesté, en Israël, dans les territoires palestiniens et divers pays du Moyen-Orient, contre la reconnaissance, par les États-Unis, de Jérusalem comme capitale de l'État hébreu. L'aviation israélienne a riposté à des tirs de roquettes du Hamas depuis la bande de Gaza, où au moins quatre Palestiniens ont trouvé la mort. Un policier israélien a été blessé au couteau à Jérusalem par un homme de Cisjordanie.

En annonçant, le 6 décembre, le futur transfert de l'ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, Donald Trump a affirmé qu'il ne faisait que reconnaître « la réalité » du terrain. En effet, depuis des décennies, le gouvernement, le Parlement et toutes les institutions israéliennes se trouvent à Jérusalem, non à Tel-Aviv. Le Président américain a ajouté que cela n'empêchait pas Israéliens et Palestiniens de négocier un accord de paix en vue de créer deux États côte à côte, chacun pouvant même avoir Jérusalem pour capitale.

Seul Israël s'est félicité de cette annonce, critiquée de Paris à Pékin, en passant par l'ONU et le Vatican. Le pape François a appelé à respecter le statu quo sur la Ville sainte. Les patriarches et évêques de Jérusalem ont envoyé à Donald Trump une lettre ouverte l'avertissant que « tout changement soudain causerait des dommages irréparables ». Comme la communauté internationale, l'Église continue de se référer au plan de partition de la Palestine de 1947 par l'ONU. Celui-ci préconisait que Jérusalem devienne un « corps à part » (corpus separatum) n'appartenant en propre à aucun des deux États, et placé sous un régime international. La conquête par Israël de Jérusalem-Est en 1967 et sa décision, en 1980, de faire de Jérusalem sa « capitale éternelle et indivisible » n'y ont rien changé.

Pour mgr Giacinto-Boulos mar-cuzzo, vicaire patriarcal pour Jérusalem, « cette décision malheureuse ne va pas dans le sens de la paix et ajoute un obstacle à beaucoup d'autres. Elle inquiète les milliards d'amis de Jérusalem dans le monde, chrétiens, musulmans ou juifs », qui voient en cette ville le symbole de la coexistence pacifique entre religions.

Conséquences incertaines

Les conséquences à long terme de cette décision restent aussi incertaines que ses motivations. « La seule chose qui compte pour Donald Trump est de contenter ses électeurs en tenant ses promesses de campagne », observe Agnès levallois, vice-présidente de l'institut de recherche et d'études méditerranée moyen-Orient (iremmo). il s'agit moins des électeurs américains juifs, plutôt de gauche, que des protestants évangéliques, inconditionnels d'israël et notamment de son Premier ministre ultraconservateur Benyamin Netanyahou. Ce dernier, de passage à Paris le 10 décembre, n'a pas cédé à la demande d'emmanuel macron de faire un geste envers les Palestiniens en gelant la colonisation juive en Cisjordanie.

Trump n'est pas un imbécile, mais il est désinvolte.

« Trump n'est pas un imbécile, mais il est désinvolte : il n'a sans doute pas réfléchi aux répercussions internationales de sa décision », ajoute Frédéric Encel*, maître de conférences à sciences-Po Paris. Le spécialiste relativise pourtant l'impact de cette annonce. Pour lui, les manifestations dans les rues de Jérusalem et des capitales du monde arabo-musulman ne sont qu'un feu de paille. « Si la question de Jérusalem est sensible pour le grand public, elle n'a en fait qu'une valeur symbolique, analyse-t-il. La vraie hantise des gouvernements arabes de la région, c'est l'Iran. Cet État chiite étend son influence à la faveur des guerres en Irak, en Syrie, au Yémen, etc., inquiétant l'Arabie saoudite et les autres monarchies sunnites du Golfe. Or, ces États ont besoin de la protection militaire de Washington. D'où la relative modération de leurs réactions à propos de Jérusalem. »

Riyad, notamment, joue les équilibristes. sans la condamner trop fermement, le régime saoudien a dû critiquer la décision américaine afin de plaire à son opinion publique, de conserver sa légitimité de gardien des lieux saints de l'islam, et de ne pas apparaître en retrait par rapport à Téhéran, ennemi juré d'Israël et des États-Unis, détaille Agnès Levallois.

Résultat : « sans le vouloir, Donald Trump a compliqué le rapprochement entre Israël et l'Arabie saoudite, ses deux principaux alliés régionaux.»

Selon elle, cette décision fragilise aussi la réconciliation entre l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, qui reconnaît Israël et contrôle la Cisjordanie, et le Hamas, qui ne reconnaît pas l'État hébreu et contrôle encore l'essentiel de la bande de Gaza. Seul le Hamas a appelé à une nouvelle « intifada », ou révolte des pierres. « Cette désunion arrange le gouvernement israélien, qui peut invoquer l'absence d'interlocuteur palestinien face à lui pour ne pas négocier », observe Agnès levallois.

Enfin, l'initiative américaine fait le jeu des islamistes radicaux de la région, du Djihad islamique palestinien aux groupes Al-Qaïda ou État islamique (Daech). « Trump, c'est du pain bénit pour eux. ils peuvent recruter des jeunes en se présentant comme les défenseurs de Jérusalem, une cause très populaire », explique Agnès Levallois.

L'annonce de Donald Trump a peut-être fait une ultime victime : son propre plan de paix pour le Proche Orient, concocté par son gendre, Jared Kushner. Selon certains médias, ce projet imagine un État palestinien indépendant mais en fragments non contigus, démilitarisé, amputé d'importantes colonies juives, et dont la capitale serait un faubourg de Jérusalem. Difficile à avaler pour les Palestiniens… Si, en plus, le statut de Jérusalem n'est même plus négociable, on ne voit pas comment ils pourraient reprendre le dialogue.

* mon dictionnaire géopolitique, Éd. PUF, 480 p. ; 22 € et Géopolitique de Jérusalem, Éd. Flammarion, 288 p. ; 8 €.

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Le Monde de la Bible, spécial Jérusalem

Pour ses 40 ans, la revue Le Monde de la Bible publie un numéro spécial, passionnant et magnifiquement illustré, intitulé « Jérusalem dans les textes et les pierres », écrit par de grands historiens. 148 p. ; 15

Vos commentaires

1 Commentaire Réagir

fin de l'hypocrisie des deux états

Toto le hirsute 08/12/2017 à 12:23

Bonjour, il était temps. Depuis que les colons Israéliens ont totalement empêché la viabilité d'un état Palestinien en morcelant le territoire, la paix devenait impossible et la solution à deux états un leurre destiné à faire miroiter des lendemains ... lire la suite

Paru le 7 décembre 2017

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