À Marseille, la fraternité contre la pauvreté

agrandir À Marseille, la fraternité contre la pauvreté
Salim (à g.), chef d'atelier, aide un demandeur d'emploi à réparer sa voiture © France Keyser/MYOP
À Marseille, la fraternité contre la pauvreté
Salim (à g.), chef d'atelier, aide un demandeur d'emploi à réparer sa voiture © France Keyser/MYOP

Pour son troisième débat régional en partenariat avec RCF, vendredi 17 mars à Marseille, Pèlerin est parti en reportage dans l’arrondissement le plus pauvre de France, au cœur de la cité phocéenne.

À propos de l'article

  • Publié par :Véronique Badets
  • Édité par :Laurence Faure
  • Publié dans Pèlerin
    7007 du Jeudi 16 mars 2017

Le garage se trouve au bout d’un dédale de rues, dans un recoin de l’arrondissement le plus pauvre de France : le IIIe arrondissement de Marseille. « Ceux qui nous trouvent, c’est vraiment qu’ils en ont besoin ! » plaisante Salim Roubhi, chef d’atelier aux Mécanos du cœur , un garage associatif et solidaire unique dans la région (1). L’écrasante majorité des personnes qui viennent jusque-là sont en effet des allocataires de minima sociaux ou des travailleurs pauvres. Car ici, l’heure de main-d’œuvre coûte entre 15 € et 30 € (selon les revenus), c’est-à-dire cinq à trois fois moins que dans un garage classique. Et souvent, les « mécanos du cœur » s’arrangent si les personnes ne peuvent pas payer.

Quant aux pièces détachées, des accords avec des concessionnaires permettent de les acheter à un prix réduit.
En ce mercredi de mars, Hamina a marché trois quarts d’heure avec ses deux enfants (dont l’un est handicapé) pour venir chercher sa voiture réparée : un pot d’échappement neuf et des voyants de tableau de bord opérationnels. « Je travaille comme AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) dans un collège loin de mon domicile, explique-t-elle. Et je m’occupe seule de mes deux garçons. Sans la voiture, je me sens vraiment… handicapée ! » Ses 600 € mensuels de salaire lui permettent d’assurer tout juste le nécessaire. Alors, le moindre pépin sur sa Twingo bleu turquoise est source d’angoisse. « Cela me soulage de savoir que je pourrai payer la réparation », confie-t-elle. Et Salim d’ajouter : « Nous voyons ici beaucoup de femmes seules qui ont des vies très dures, à courir entre leur travail, leurs enfants et les courses. On fait tout ce qu’on peut pour les aider. »

Permettre la mobilité

Les Mécanos du cœur rendent ainsi un service indispensable aux personnes pauvres : ils leur permettent de rester mobiles. « À Marseille, les habitants des ”quartiers” sont plus dépendants que les autres de la voiture car ils ont moins de transports collectifs à disposition, déplore Michel Bérard, président de l’association. Or, la voiture est un véritable luxe quand on a un revenu de l’ordre du RSA (revenu de solidarité active). » Née en 1998 à l’initiative de Christian Bordione, allocataire du RMI (revenu minimum d’insertion), l’association fonctionne jusqu’à aujourd’hui grâce au soutien de financements publics (politique de la ville, CAF), mais aussi à l’implication d’une vingtaine de bénévoles, qui assurent les tâches administratives (gestion, comptabilité, accueil téléphonique). Deux ou trois d’entre eux viennent aussi seconder chaque semaine les trois mécaniciens salariés. Car les demandes sont beaucoup plus nombreuses que les bras disponibles...

À moins d’un kilomètre de là, une autre expérience permet de changer le quotidien de ce IIIe arrondissement où la moitié de la population vit avec moins de  1 000 € par mois. Au sommet de la butte Saint-Mauront, les habitants se sont organisés depuis deux ans pour réinvestir un square enclavé et abandonné aux dealers : le jardin Spinelly. Une initiative d’autant plus intéressante que dans les quartiers pauvres de Marseille, les lieux de verdure sont aussi rares que les transports en commun… En ce mercredi matin, deux femmes et quelques enfants font des semis d’aubergines, de tomates et de courgettes. « Les radis, tu peux les mettre directement dans la terre », lance Hassan Haddouche, éducateur spécialisé qui anime bénévolement les séances de jardinage.

L’an dernier, l’association des Amis du jardin Spinelly (2) a récolté 300 kg de légumes. Et surtout, elle a fait naître de multiples échanges entre des habitants isolés par la pauvreté et ceux qui sont mieux insérés dans la société. « L’initiative du jardin a permis de rencontrer des gens du quartier, de se rendre des services, raconte Camille Quesney, enseignante. Nous sommes sollicités pour aider à rédiger un CV ou lire une lettre administrative. Nous recevons et donnons des assiettes de couscous, des desserts, des plats…

Les échanges dépassent l’espace du jardin. » Ce matin, Sonia, voisine d’une cinquantaine d’années, s’assoit sur un banc au soleil : « Ce jardin a changé beaucoup de choses dans ma vie. Après treize ans à travailler comme aide à domicile, j’ai été mise en invalidité à cause d’une arthrose du dos. Mon mari, ancien docker, est malade aussi. C’est dur. Alors tous les matins, je viens ici, je nettoie si c’est sale, je vais voir où en sont les légumes, je parle avec les voisins. Cela fait beaucoup de bien. C’est une vie, ça… »

(1) www.mecanosducœur.fr

(2) Compte Facebook : les amis du jardin spinelly

Vos commentaires

0 Commentaire Réagir

Paru le 23 mars 2017

Notre Librairie

Voyages et croisières